J’ai honte.. je suis bijoutier depuis plus de 20 ans et j’ai découvert Lucien Falize ce printemps à Pforzheim au musée de la bijouterie. Je n’en avais jamais entendu parler avant et pourtant, parmi birgit laken, gustrav braendle, johann henner… j’ai été impressionné par les pièces de Lucien Falize de la collection du musée.
Du coup je souhaite partager ma découverte avec vous!
Alors d’après Wikipédia, lorsque l’on évoque les grands noms de la joaillerie française du XIXe siècle, celui de Lucien Falize mérite une place particulière. Joaillier, orfèvre, entrepreneur, mais aussi écrivain et critique d’art, il fut l’un des artisans du renouvellement des arts décoratifs à la fin du XIXe siècle. Précurseur de l’Art nouveau, il chercha toute sa vie à concilier la beauté artistique, l’innovation technique et les exigences d’une maison de joaillerie destinée à une clientèle prestigieuse.
Une vocation née dans l’atelier familial
Lucien Falize naît à Paris le 4 août 1839. Fils du joaillier Alexis Falize, il se destinait initialement à des études à l’École centrale des arts et manufactures. Mais son père en décide autrement : en 1856, le jeune Lucien entre en apprentissage dans l’entreprise familiale.
Cette formation au contact direct des artisans va profondément marquer son parcours. Il apprend non seulement les techniques de fabrication, mais s’intéresse également au dessin, au modelage, à l’histoire de l’art et aux différentes traditions décoratives. Il progresse rapidement et participe à la conception et à la fabrication des pièces réalisées par l’atelier.
En 1869, son talent est déjà reconnu : il obtient une médaille de première classe lors d’une exposition de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie. Deux ans plus tard, il devient associé de l’entreprise avant d’en prendre la direction en 1876. Il dirige alors l’affaire familiale et qu’il s’impose progressivement comme une figure importante des arts décoratifs français.
L’Orient et l’histoire comme sources d’inspiration
L’une des caractéristiques majeures du travail de Lucien Falize réside dans la diversité de ses influences.
Ses voyages à Londres, en 1861 et 1862, jouent un rôle déterminant. Il visite notamment la National Gallery, Westminster et le Crystal Palace. Il y découvre des œuvres et des objets provenant de cultures chinoise, indienne, assyrienne et égyptienne. L’Exposition universelle de Londres de 1862 lui permet également d’admirer des laques orientales, des émaux, des bronzes, des gravures et des faïences.
Cette découverte de cultures lointaines va nourrir son imagination. Ne pouvant se rendre lui-même au Japon en raison de ses responsabilités professionnelles, il s’inspire néanmoins de l’esthétique orientale dans ses créations. Pendentifs, bracelets, colliers et broches se parent alors d’émaux colorés et de motifs représentant des animaux, des plantes ou des scènes inspirées de la nature.
Mais l’Orient n’est pas sa seule source d’inspiration. Falize étudie également les collections du Louvre, notamment la célèbre collection Campana. Les objets médiévaux, de la Renaissance, ainsi que les pièces assyriennes, égyptiennes et byzantines enrichissent son vocabulaire artistique.
Cette capacité à mélanger les références explique en partie le caractère original de ses créations. Chez Falize, l’histoire n’est pas simplement copiée : elle devient une source permettant d’inventer de nouvelles formes.
Entre art et industrie
Lucien Falize appartient à une époque où la frontière entre l’art et l’industrie est au cœur des débats. La seconde moitié du XIXe siècle voit se multiplier les expositions universelles, les innovations techniques et les réflexions sur la place des arts décoratifs.
Falize participe activement à cette évolution. Il s’investit notamment au sein de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie et défend l’importance de la formation des futurs artisans. Il propose des projets d’expositions techniques et contribue à la transmission des savoir-faire.
Son parcours illustre aussi une réalité parfois difficile pour les artistes-artisans : une œuvre doit être à la fois belle et économiquement viable. En 1896, dans une lettre adressée à son fils André, il résume cette tension en écrivant qu’une grande entreprise ne peut survivre avec des œuvres d’art seules.
Falize et Germain Bapst
La volonté de développer la maison Falize conduit Lucien à collaborer avec d’autres professionnels renommés. En 1880, il s’associe notamment à Germain Bapst, descendant d’une famille de joailliers liée à la Cour. Cette association donne naissance à la maison Bapst & Falize, qui fonctionne jusqu’au départ de Germain Bapst en 1892.
Cette période témoigne de l’ambition de Falize : faire de sa maison une entreprise capable de rivaliser avec les grands noms de la joaillerie tout en conservant une véritable dimension artistique.
Des récompenses et des clients prestigieux
Le talent de Lucien Falize est largement reconnu de son vivant. En 1878, lors de l’Exposition universelle de Paris, il reçoit un grand prix et est nommé chevalier de la Légion d’honneur. En 1889, à l’occasion d’une nouvelle Exposition universelle parisienne, il est promu officier de la Légion d’honneur.
Ses créations séduisent une clientèle particulièrement prestigieuse : aristocrates, financiers, membres de familles royales et personnalités internationales. Parmi les commanditaires cités figurent notamment le tsar Nicolas II et l’impératrice Alexandra Feodorovna, le prince Alfred, fils de la reine Victoria, ainsi que la famille royale de Roumanie.
Certaines de ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans de grandes institutions internationales. Le Rijksmuseum, le Metropolitan Museum of Art ou encore le Los Angeles County Museum of Art possèdent des pièces associées à son travail. Le Musée d’Orsay conserve également des œuvres de Lucien Falize, dont un vase et un bracelet.
Un précurseur de l’Art nouveau
Lucien Falize meurt à Paris le 4 septembre 1897, à l’âge de 58 ans. Son influence dépasse pourtant largement sa disparition. En mêlant références historiques, inspiration orientale, motifs naturels, émaux et recherche technique, il participe à l’évolution des arts décoratifs qui conduira à l’épanouissement de l’Art nouveau.
Son histoire est également celle d’une dynastie. Après sa disparition, son fils André Falize reprend l’activité avec ses frères Jean et Pierre sous le nom de Falize Frères.
Lucien Falize apparaît ainsi comme une figure située à la croisée de plusieurs mondes : celui de l’artisanat traditionnel, celui de la grande joaillerie, celui des expositions internationales et celui des nouveaux arts décoratifs. Son œuvre témoigne d’une époque fascinée par les civilisations anciennes, les cultures lointaines et les possibilités offertes par les nouvelles techniques.
Plus qu’un simple joaillier, Falize fut donc un véritable passeur entre les époques et les cultures, contribuant à faire entrer la joaillerie française dans une nouvelle modernité.